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Antoine Blanchard

Rachel-Carson

Avec son livre Le Printemps silencieux, Rachel Carson a marquĂ© Ă  la fois l’histoire du journalisme scientifique et du mouvement Ă©cologiste en dĂ©nonçant les ravages des pesticides. Touche-Ă -tout, passant de l’ocĂ©anographie Ă  la pollution agricole, cette AmĂ©ricaine a su mettre sa plume au service d’une grande curiositĂ© scientifique.

Enfance et scolarité

NĂ©e en 1907, Rachel Carson passa son enfance entourĂ©e de 65 acres de forĂȘt et de champs, dans le domaine familial de Pennsylvanie. TrĂšs proche de sa maman qui l’initia Ă  la nature et Ă  l’écriture, elle en fit ses deux passions : en publiant sa premiĂšre histoire Ă  l’ñge de 10 ans puis en Ă©tudiant l’anglais avant de s’orienter vers la biologie, en suivant un Master en zoologie Ă  l’UniversitĂ© Johns Hopkins. Tout en Ă©crivant dans le journal et la revue littĂ©raire de l’école, elle s’exerça Ă  la recherche en travaillant au laboratoire de biologie marine de Cape Cod, sans obtenir de thĂšse.

Au service de l’administration amĂ©ricaine

Rachel Carson entra alors au US Bureau of Fisheries comme biologiste aquatique junior, mais ses talents d’écriture furent rapidement mis au service des scripts d’émissions de radio, puis de manuels sur la protection de l’environnement et les ressources naturelles, jusqu’à ce qu’elle fut nommĂ©e en 1947 rĂ©dactrice en chef des publications du Bureau of Fisheries, devenu US Fish and Wildlife Service.

Premiers livres scientifiques

En parallĂšle, Rachel Carson exprima son amour de la mer dans deux livres qui lui vaudront un certain succĂšs (Cette mer qui nous entoure est traduit en 30 langues et reste pendant plus de 30 semaines en tĂȘte des ventes aux États-Unis). En 1952, elle quitta son travail et se fit construire une petite maison d’étĂ© sur la cĂŽte, dans le Maine. Son troisiĂšme livre, un guide de la faune et de la flore marines publiĂ© en 1955, fut jugĂ© « magnifiquement Ă©crit et techniquement correct » par le New York Times.

Le Printemps silencieux

Ayant notamment reçu une lettre d’amis racontant que le DDT Ă©tait en train de tuer les oiseaux de leur refuge, Rachel Carson se mit Ă  travailler sur cette question que personne ou presque ne se posait. Compilant une documentation extrĂȘmement riche (sa bibliographie fait 55 pages), elle dĂ©clara plus tard :

Plus j’en savais sur l’utilisation des pesticides, plus j’étais horrifiĂ©e. Je me suis rendu compte qu’il y avait lĂ  de quoi Ă©crire un livre. Ce que j’ai dĂ©couvert, c’est que tout ce qui comptait le plus pour moi en tant que naturaliste Ă©tait menacĂ© et que je ne pouvais rien
faire de plus important.

AprĂšs quatre annĂ©es de travail, elle publia Le Printemps silencieux pour mettre en garde contre un monde oĂč les oiseaux auraient disparu des campagnes.

RĂ©actions hostiles

Sa publication en feuilleton dans le New Yorker dĂ©clencha immĂ©diatement la rĂ©plique farouche de ceux qui ne voulaient pas ou n’avaient pas intĂ©rĂȘt Ă  reconnaĂźtre le danger des pesticides. Cette campagne de dĂ©nigrement, probablement financĂ©e par l’industrie chimique mais Ă  laquelle participĂšrent des institutions scientifiques rĂ©putĂ©es comme l’American Medical Association, joua de ce qu’elle Ă©tait une femme pour l’accuser d’hystĂ©rie, lui reprocher de miser sur l’émotion, et mettre en cause ses compĂ©tences comme scientifique. En France pourtant, c’est nul autre que Roger Heim, le directeur du MusĂ©um National d’Histoire Naturelle et prĂ©sident de l’AcadĂ©mie des sciences, qui en Ă©crivit la prĂ©face.

En tous cas, le livre rencontra un immense succĂšs (plus de 500 000 exemplaires vendus aux États-Unis), et dĂ©clencha une prise de conscience : le grand public Ă©tait prĂȘt Ă  entendre ce que Rachel Carson avait Ă  dire.

Vie familiale

Rachel Carson ne s’est jamais mariĂ©e, expliquant en plaisantant Ă  moitiĂ© qu’elle avait suffisamment de responsabilitĂ©s, et a entretenu une amitiĂ© fidĂšle avec les femmes qui ont comptĂ© dans sa vie, comme sa professeure de biologie, son agent littĂ©raire et sa voisine. À presque 50 ans, Ă  la mort de sa niĂšce, elle adopta son petit-neveu ĂągĂ© de 5 ans.

Maladie et décÚs

Pendant qu’elle Ă©crivait Le Printemps silencieux, Rachel Carson dut subir une mastectomie et une radiothĂ©rapie. Dix-huit mois aprĂšs la publication du livre, elle mourut d’un cancer du sein. Ironiquement, son livre pointe du doigt les liens entre cette maladie et l’exposition aux substances chimiques.

Postérité

Il y a un avant et un aprĂšs Le Printemps silencieux : les mĂ©dias, les scientifiques, les hommes et femmes politiques (dont le prĂ©sident Kennedy lui-mĂȘme qui mandata une commission pour examiner les faits relatĂ©s dans le livre) ne pouvaient plus ignorer la cause Ă©cologique. Les apparitions tĂ©lĂ©visĂ©es ou publiques de Rachel Carson assirent son image de scientifique posĂ©e et sĂ©rieuse, loin de l’hystĂ©rique que dĂ©crivaient ses opposants. Si bien qu’en 1970 fut crĂ©Ă©e l’Agence amĂ©ricaine pour la protection de l’environnement, et en 1974 le DDT fut interdit aux États-Unis.

ƒuvres principales

Carson, Rachel L. (1952), La Vie de l’ocĂ©an, (P. de Lanux, trad.), Paris, Amiot-Dumont (ouvrage original publiĂ© en 1941 sous le titre Under the Sea Wind, New York, Oxford University Press)

Carson, Rachel L. (1975), Cette mer qui nous entoure, (C. Delavaud, trad.), Paris, Stock (ouvrage original publié en 1951 sous le titre The Sea Around Us, New York, Oxford University Press)

Carson, Rachel L. (1957), LĂ  oĂč finit la mer. Le rivage et ses merveilles, (A. de Cambiasy, trad.), Paris, Amiot-Dumont (ouvrage original publiĂ© en 1955 sous le titre The Edge of the Sea, Boston, Houghton Mifflin Company)

Carson, Rachel L. (1963), Le Printemps silencieux, (J.-F. Gravand, trad.), Paris, Plon (ouvrage original publié en 1962 sous le titre Silent Spring, Boston, Houghton Mifflin Company)

Carson, Rachel L. (1965), The Sense of Wonder, New York, Harper & Row

Distinctions et hommages

Al Gore, ancien vice-prĂ©sident des États-Unis et prix Nobel de la paix, dĂ©clara :

Rachel Carson’s landmark book offers undeniable proof that the power of an idea can be far greater than the power of politicians. (
) Rachel Carson was one of the reasons I became so conscious of the environment and so involved with environmental issues.

  • Presidential Medal of Freedom
  • MĂ©daille d’or de la New York Zoological Society
  • John Burroughs Medal
  • MĂ©daille d’or de la Geographical Society of Philadelphia
  • National Book Award
  • Achievement Award, American Association of University Women
  • Audubon Medal, National Audubon Society
  • Cullum Geographical Medal, American Geographical Society
  • Spirit of Achievement Award, Albert Einstein College of Medicine

Références

Brooks, Paul (1998), Rachel Carson: The Writer at Work, San Francisco, Sierra Club Books (ouvrage original publié en 1972 sous le titre The House of Life: Rachel Carson at Work, Boston, Houghton Mifflin Company)

Gore, Al (1994), “Introduction”, in Carson, Rachel L., Silent Spring, Boston, Houghton Mifflin Company.
http://clinton2.nara.gov/WH/EOP/OVP/24hours/carson.html

Lear, Linda J. (1997), Rachel Carson: Witness for Nature, New York, Henry Holt & Co.
http://www.washingtonpost.com/wp-srv/style/longterm/books/chap1/rachelcarson.htm

Stoll, Mark (2012), « Rachel Carson’s Silent Spring, A Book that Changed the World ». En ligne.
http://www.environmentandsociety.org/exhibitions/silent-spring/overview

Leonard, Jonathan Norton (1964), « Rachel Carson Dies of Cancer; Silent Spring Author Was 56 », The New York Times, 15 avril.
http://www.nytimes.com/books/97/10/05/reviews/carson-obit.html

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Femmes savantes, femmes de science Copyright © 2014 by Antoine Blanchard is licensed under a Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International License, except where otherwise noted.

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